De mémoire d'Archives - Le bagne de Toulon
L’histoire du bagne de Toulon commence en 1748. Il fut édifié sur le quai du Grand Rang qui sépare vieille darse et darse neuve. A la fermeture du bagne de Marseille, plus d’un millier de prisonniers, ainsi que 11 galères, furent rapatriés au bagne de Toulon.
Plus grand bagne en métropole, le bagne de Toulon fut le dernier à fermer définitivement en 1873 ; plus de 100 000 galériens et bagnards sont passés par Toulon.
La chaîne des bagnards, après un long et éprouvant voyage depuis Brest ou Rochefort, entrait au Bagne de Toulon par la porte de Castigneau. Là, les forçats étaient tondus, enchaînés et, jusqu'en 1830, marqués au fer rouge, puis vêtus de leur tenue reconnaissable : pantalon jaune, chemise blanche et veste rouge, un bonnet phrygien couvrant leur tête ; cette tenue avait ses codes : bonnet vert pour les condamnés à perpétuité et rouge pour les condamnés à temps, manche jaune pour les récidivistes.
Les bagnards étaient logés sur les anciennes galères, devenues inutiles du fait de leur suppression par Louis XV car jugées trop coûteuses en hommes, n’ayant plus d’usage stratégique, et n’étant plus suffisamment performantes. Ces galères, à l’esthétique extérieure superbe, étaient de véritables prisons flottantes où s’entassaient, à l’intérieur, des bagnards enchaînés, subissant des conditions de vie abominables, sans hygiène, entraînant une mortalité considérable.
Peu à peu des bâtiments ont été construits sur les quais, améliorant leur conditions de vie.
Employés à l’arsenal, les bagnards, du lever du jour à la tombée de la nuit, exécutaient des travaux des plus difficiles, pour la construction des vaisseaux du roi qui voulait reconstruire la flotte royale, puis progressivement dans toutes les branches d’activité du port. Environ 500 forçats furent employés à la construction du canal du Verdon, construit entre 1866 et 1875, pour amener l'eau du Verdon à Aix-en-Provence
Issus de toutes les classes de la société, ils étaient emprisonnés pour diverses sortes de délits, allant du blasphème au crime, en passant par les vols, incestes, etc. Au bagne de Toulon, le vol était le délit le plus représenté.
Au milieu du XIXe siècle, les bagnards devinrent moins utiles du fait de la mécanisation dans les arsenaux et leur présence, au cœur des villes, de plus en plus décriée par les habitants. Parallèlement, le début de la colonisation nécessitant des moyens et de la main-d’œuvre pour le développement de ces nouvelles terres, le transfert des bagnards fut organisé à partir de 1852 vers la Guyane, puis la Nouvelle-Calédonie.
Si les archives du bagne sont conservées dans la série O du Service historique de la Défense à Toulon, les Archives départementales du Var conservent quelques documents complémentaires, notamment dans les archives pénitentiaires, les archives judiciaires et les archives privées. Des dessins de l’illustrateur toulonnais Pierre Letuaire, conservés aux Archives départementales du Var (1 J 392), dépeignent notamment la vie quotidienne des bagnards.