Remédier à la saturation de l'espace urbain : stationnement et places publiques du littoral varois des années 70
“Remédier à la saturation de l'espace : stationnement et places publiques du littoral varois des années 70” a vu le jour dans le cadre du bicentenaire de la photographie. Elle constitue la seconde partie de l'exposition virtuelle dédiée au fonds photographique du studio Baranger. Elle présente deux places emblématiques de Toulon, la Place de la Liberté et la Place d'Armes, leur parking souterrain respectif, ainsi qu'un parking silo construit à Hyères.
Cette exposition a pour objectif de montrer que le fonds iconographique du studio Baranger permet une analyse des différentes préoccupations du territoire varois pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Grâce à la sélection de clichés proposée, nous allons examiner la façon dont le territoire urbain est aménagé pour remédier à la saturation de l’espace par l’automobile. Cet encombrement est parfaitement observable, comme sur ces photographies prises avant la rénovation de la Place d'Armes de Toulon, où l’on constate qu’un parking plain-pied ne suffit plus pour stationner correctement en ville.
Pour comprendre ce phénomène de saturation, il faut se plonger dans le contexte des années 70. De nombreux paramètres entrent alors en compte pour expliquer la hausse des automobiles en ville. Pendant la période des Trente glorieuses, la société de consommation se développe tandis que les progrès techniques et la hausse des productions offrent une plus grande variété et une baisse des prix de l’automobile. Ce moyen de transport devient donc de plus en plus commun et se multiplie en ville.
La saturation de l'espace public peut prendre d'autres formes et se constate également dans des plus petites villes telle que Hyères. Les voitures, quoique moins nombreuses que sur la place d'Armes, sont garées sur toute la longueur de la rue, à quelques pas d'un café ou encore devant des portes où il est défendu de stationner. Sans marquage au sol, le stationnement de ces voitures occupent grandement la chaussée et peut se révéler gênant.
Pour son projet de parking, la ville doit chercher un espace conséquent et trouve l'ancien garage "le Nautic". Celui-ci est rasé pour accueillir un grand parking de quatre étages. Le studio Baranger documente d'abord les alentours de ce lieu, la destruction du garage puis, comme à son habitude, le déroulement des travaux jusqu'au rendu final.
Les parkings silo, à étages, également appelés parkings aériens, constituent une des options de stationnement la plus économique. Puisque leur façade est visible dans le paysage urbain, la plupart sont pensés par des architectes qui essaient de développer leur esthétique.
A Hyères, ce parking silo est situé à un endroit stratégique pour rendre accessible le centre historique de la ville. Vous reconnaîtrez peut-être l’actuelle rue du soldat Bellon Antoine, sur laquelle donne le parking, qui n’a subi aucune modification majeure. Certains cadrages offrent également des vues sur la collégiale Saint-Paul ou encore l'hôtel continental, construit en 1881, qui est l’un des symboles du tourisme de Hyères au temps des palaces. A ce titre, il est important de mentionner que cette ville est la première de la Côte d’Azur qui attire les élites européennes dès le XVIIIe siècle. Dans les années 1940, le tourisme se démocratise, ce qui agit en partie sur l’occupation de l’espace par l'automobile. Cependant, notons que le temps des palaces est bien révolu quand les photographies sont prises. L’hôtel appartient alors à l’Armée de Terre puis il est rasé peu après, en 1979, pour être reconstruit et revêtir aujourd’hui une façade luxueuse plus contemporaine.
Zoom sur l'emblématique hôtel continental avec sa tour d'angle au toit jaune.
cote : 24 FI 229
date : 02/07/1973
A Toulon, si on privilégie la construction de parkings souterrains, comme celui de la Place d'Armes, c'est en partie parce qu'avec cette multiplication du nombre de voitures, l'image de cette dernière évolue. Elle passe d’un produit de luxe, symbole de modernité réservé aux plus aisés, à un objet de la vie courante devenu encombrant. Par conséquent, les parkings deviennent pensés avant tout comme une zone de stockage, étendue et fonctionnelle. Il n’est plus question de voir des voitures exposées mais plutôt de les cacher. Les nombreuses constructions de parkings souterrains est symboliquement très révélateur de cette tendance d' "enterrer" les voitures.
Sur le chantier du parking souterrain de la Place de la Liberté, le studio Baranger documente moins la phase préparatoire propre aux parkings souterrains et se concentre plutôt sur leur construction. Il capture notamment l'armature métallique soutenant la structure du parking, ou encore l'intérieur du parking sans son revêtement coloré et la matérialisation des places de stationnement.
Cependant, les parkings enterrés permettent de redonner aux piétons une place publique. En effet, à l’origine la place d’Armes était un lieu de divertissement prisé à Toulon, notamment grâce à son kiosque à musique. Sa popularité est palpable grâce au grand nombre de cartes postales le représentant.
N'hésitez pas à consulter quelques cartes postales de cette structure emblématique, numérisées sur notre site internet.
Inaugurée le 1er juin 1884, cette structure était à l’image du quartier neuf voulu par Louis XIV. Avec sa charpente en fonte et son dôme décoré d’instruments de musique telle que la lyre, ce kiosque est à l’époque célébré pour son acoustique, sublimée par la trentaine de musiciens qui peuvent y jouer en même temps. Dans les années 70, ces notes ne sont plus qu’un lointain souvenir. Le lieu est délaissé, entouré de voitures et envahi par la végétation qui a repris ses droits.
Finalement, puisqu’il ne pouvait pas être réutilisé après son démontage, la Place d’Armes ne bénéficie plus de son kiosque, ce qui a fait l’objet de nombreuses critiques à la fin des travaux.
cote : 24 FI 20
date : 06/09/1972
Contrairement à la Place d'Armes, qui change du tout au tout après les travaux, la Place de la Liberté quant à elle, conserve son emblème : la fontaine de la Fédération. La place tire son nom de cette fontaine, mais à l'origine, on l'appelait la Place dArmes. Elle a été construite lors de l'agrandissement de la ville décidé par Napoléon III et donne sur l'artère principale qui traverse Toulon, le boulevard de Strasbourg. Elle se trouve à la jonction entre la "ville haute", créée au XIXème siècle, et la "basse ville", qui correspond à la ville ancienne.
Sa fontaine, sculptée par deux frères toulonnais, arbore fièrement des figures allégoriques depuis son inauguration à l'occasion du centenaire de la Révolution française. Surélevée au centre, la Liberté porte la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Elle est accompagnée, à droite, d'un personnage féminin représentant la Justice, et à gauche, d'un personnage masculin symbolisant la Force.
Les travaux forment des tranchées qui contournent la fontaine afin de la conserver.
La place est entourée par des immeubles de style haussmannien qui n'ont pas été épargnés par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, contrairement à sa fontaine. Le Grand Hôtel, construit en 1869, est réquisitionné par l'occupant pendant la seconde guerre mondiale, et est passé d'hôtel de luxe à Préfecture Maritime en 1944. Au moment où les photographies sont prises, le bâtiment est de nouveau un hôtel depuis 1964. Emblématique de Toulon, l'immeuble héberge aujourd'hui en sous-sol, le Théâtre Liberté. La Place de la Liberté est donc pensée comme une vitrine politique et touristique de Toulon selon les époques.
Après les travaux de ces deux places anciennes de Toulon, les nouveaux parkings souterrains de la Place d'Armes et de la Place de la Liberté ont tous deux adoptés un système de facturation. Le stationnement payant en France n'est pas nouveau, puisqu'il existe depuis 1926 à Bayonne, mais ce n'est qu'en 1960 que cela se répand dans d'autres villes.
Cette pratique vise à réguler et limiter le stationnement longue durée dans certaines zones stratégiques. Ces mesures impliquent également une sécurité renforcée pour éviter les fraudes. Cela se ressent dans les circuits d'entrée et de sorties, qui s'accompagnent de barrières et d'un agent de sécurité pour lequel un bureau est prévu. Un circuit de sortie est destiné exclusivement aux abonnés qui payent un tarif mensuel.
Entrée du parking de la place de la liberté.
cote : 24 FI 3
date : 23/11/1970
Sortie du parking de la Place de la Liberté, avec le bureau du chef de parc et la caisse.
cote : 24 FI 4
date : 23/11/1970
Sortie du parking de la Place d'Armes, avec le guichet pour payer.
cote : 24 FI 127
date : 28/10/1974
cote : 24 FI 323
date : 19/01/1970
cote : 24 FI 13
date : 06/09/1972
cote : 24 FI 18
date : 06/09/1972
La Place de la Liberté est reproduite presque à l'identique après la construction du parking souterrain. Le seul changement semble être les parterres de pelouse, agrémentés de quelques bosquets de fleurs, qui prennent une forme légèrement plus rectiligne qu'incurvée. Il devient aussi plus aisé de s'approcher de la fontaine de la Fédération.
Les accès piétons au parking sont discrets et se fondent dans le paysage.
Cette exposition virtuelle vous a présenté différentes manières de répondre à la saturation de l'espace en ville. Ce besoin n'est pas seulement esthétique ou pratique mais révèle également des enjeux du touristiques dans le Var. Dans cette même thématique, nous vous invitons à vous intéresser sur les panneaux de notre exposition "Des séjours hivernaux aux vacances estivales : une histoire du tourisme dans le Var", que vous pouvez retrouver sur notre site internet (Les archives vous proposent > Emprunter des expositions).
Pour en découvrir plus, nous vous invitons à parcourir nos archives numérisées sous l’onglet “Iconographie”, où vous trouverez d’autres images capturées par le Studio Baranger et bien d’autres encore !
Cette exposition a été réalisée par Adélie Jacquier,
stagiaire aux Archives départementales du Var dans le cadre du
master Archives de l’université Jean Moulin - Lyon III (promotion 2026).