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Capturer l'empreinte humaine (1) - La maîtrise de l'eau dans le Var


“La maîtrise de l'eau dans le Var” a vu le jour dans le cadre du bicentenaire de la photographie. Elle constitue la première partie de l'exposition virtuelle dédiée au fonds photographique du studio Baranger. Elle présente quatre ouvrages hydrauliques qui ont métamorphosé le Var : le canal d’endiguement du Reyran, le barrage du Trapan, le centre d'exploitation de l'eau d'Ollioules et l’aqueduc du Cauron.


Cette exposition a pour objectif de montrer que le fonds iconographique du studio Baranger permet une analyse des multiples préoccupations du territoire varois pendant la deuxième moitié du XXème siècle. Offrant d’innombrables lectures, la sélection de clichés qui vous est proposée révèle les enjeux de la maîtrise de l'eau dans le département. Cette ressource, sujette aux sécheresses comme aux crues, représente un risque constant pour les civils mais aussi pour l'agriculture. Elle est également indispensable à la consommation de la population et de l’industrie. Bien que les tentatives pour maîtriser l’eau soient très anciennes et restent aujourd’hui d’actualité, les aménagements menés au siècle dernier témoignent de l’importante considération de ces problématiques.

Pompe à eau d'un champ de culture

Dans les années 50, un vaste projet a pour ambition de répondre à toutes ces contraintes : le Canal de Provence. Avec ses 216 kilomètres de canaux, il dessert les départements des Bouches-du-Rhône et du Var principalement en eau brute. Les ouvrages présentés dans cette exposition virtuelle s’inscrivent tous dans ce projet interdépartemental. A travers leur élaboration, nous verrons que contrôler l’eau, pour mieux l’utiliser ou pour mieux s’en protéger, est une entreprise menant à une grande diversité d’ouvrages de natures, d’envergures et de temporalités différentes. Le studio Baranger s’engage à documenter les étapes de ces travaux jusqu’à leur rendu final, en utilisant des techniques photographiques qui méritent elles-aussi toute notre attention.

Le canal d'endiguement du Reyran

Le torrent du Reyran est un cas intéressant pour illustrer la manière dont l’humain contrôle l’eau à son avantage – et par nécessité – au fil du temps. D’une longueur d’environ vingt-cinq kilomètres, le cours de cet affluent de l’Argens a par exemple été dérivé en 1782 dans l’ancien port de Fréjus. Il s’agissait alors d’un moyen efficace de réduire les risques d’épidémies.

Plus ancien encore, l’aqueduc romain, construit au premier siècle de notre ère et encore en partie visible, permettait quant à lui un usage quotidien de l’eau. Cette même préoccupation, très récurrente, conduit à la construction du barrage du Malpasset sur le cour du Reyran en 1952 pour assurer l’alimentation en eau de l’agglomération de Fréjus-Saint-Raphaël.

La rupture du barrage du Malpasset du 2 décembre 1959 entraîne l’aménagement du cours du Reyran avec l’endiguement et la canalisation de huit kilomètres. Le drame a causé 423 morts ce qui a entraîné un deuil national et une forte médiatisation. La tragédie a également causé de lourds dégâts matériels : la vallée agricole est ravagée, trois kilomètres de l’autoroute A8 et 500 mètres de la voie ferrée reliant Marseille à Nice sont détruits. Les conséquences locales sont multiples et demandent une gestion de crise solide. L’endiguement du Reyran est donc planifié afin d’éviter une autre catastrophe liée aux crues et inondations.

Zoom sur les restes du barrage.

Ce paysage dégagé offre une vue sur les ruines du barrage de Malpasset et les blocs qui s'en sont détachés lors de son éboulement. Le pont qui se situe en dessous du barrage et surplombe le Reyran sert à l’autoroute A8 dite “la Provençale”. Sa remise à neuf est bien documentée par une série de photographies réalisées par le studio Baranger le 3 juin 1961.

cote : 24 FI 559

date : 18/06/1962

Vue aérienne de l'autoroute dans l'Esterel, d'un pont et de la rivière du Reyran

A droite du pont, on remarque les vestiges de l'aqueduc romain, qu'il est toujours possible d'apercevoir de nos jours.

Vue générale du pont et de l'autoroute, panneau du Reyran, voitures en circulation

Un pont existait déjà à cet endroit avant la catastrophe. Celui-ci a par la suite fait l’objet de modifications durant le dédoublement des voies.


Le cadre rouge entoure le lieu d'où la photographie du pont (à droite ci-dessus) est prise. Le pont, semblant être en montée, est en fait capturé dans le sens de la descente : cela explique pourquoi la route est droite sur le point de vue aérien et en virage depuis le sol.

Zoom sur 24 FI 560


cote : 24 FI 87

date : 12/04/1962

Les photographies du Studio Baranger nous sont très précieuses car elles offrent la possibilité de distinguer l’ampleur des ressources humaines et matérielles mises en place pour le chantier, tout en offrant un point de vue sur la reconstruction de l’autoroute et de la voie ferrée.

Ces deux photographies aériennes, en montrant la modification du cours du Reyran par l'homme reflètent parfaitement ce que nous entendons par "l'empreinte humaine" sur le paysage que le studio Baranger arrive à capturer avec ses photographies.

Vue aérienne de l'autoroute, du canal en construction, de ponts et de la rivière du Reyran
Vue aérienne du canal en béton en construction

L'intérêt de ces archives peut également être de visualiser les différentes techniques utilisées dans le secteur pour la réalisation des travaux. Elles illustrent très bien la lenteur d'une tâche, grâce à des contrastes saisissants : tantôt un plan serré, tantôt un plan large.

Pose du béton sur les murs inclinés du canal, machines, ouvriers 1 2
Construction du canal en béton, bâtiment, ouvriers, machines 2 2
Chantier du canal bétonné à plat, machines, ouvriers 1 3
Construction du canal, pose du revêtement sur un côté du canal, ouvriers, machines, grue au fond 2 3

Construction d'un grand mur arrondi, pied d'une grue, ouvriers, ferraille, béton 3 3

Le canal d'endiguement du Reyran est l'ouvrage le plus représenté dans l'ensemble du fonds d'archives du studio Baranger, avec 261 photographies prises. Cela s'explique non seulement par la durée des travaux, leur monumentalité ainsi que les innombrables techniques qui ont mené à son aboutissement. La sélection ci-dessus offre un panel réduit de ce que vous pouvez retrouver dans le fonds disponible intégralement en version numérique sur notre site internet, ce qui vous laissera l'occasion de le redécouvrir.

Enfin, le plus frappant est de pouvoir être témoin des différentes étapes et temporalités d'un projet de construction pour ensuite les comparer au rendu final. Avec des intervalles de courtes durées, certaines photographies peuvent encore accentuer ce sentiment.

Le barrage du Trapan

Agréable pendant la saison de la floraison des mimosas et pour sa proximité avec la commune de Bormes-les-Mimosas, le lac artificiel du Trapan s'est formé grâce à la construction de son barrage en 1968. Alimenté par le bassin versant du fleuve du Pellegrin, le lac de 25ha est retenu par un barrage en remblai de 24m de hauteur pour 183m de long. Avant d'être un lieu apprécié par les touristes, il sert d'abord de réservoir d'eau potable pour les communes varoises de l'est de Toulon.

Vue en hauteur du lac, deux arbres au premier plan, bâtiments et bateaux hors de l'eau à gauche, barrage et vue sur mer au fond

Le studio Baranger s'est déplacé deux fois, à dix ans d'intervalle, pour constater la formation du lac artificiel. L'utilisation du grand-angle est privilégiée sur le second cliché, ce qui permet cette fois d'apercevoir la mer.

Vue en hauteur du lac, du barrage et de la tour de prise d'eau, canal au premier plan et collines en fond
Vue en hauteur du barrage et du lac, garrigue au premier plan, tour de prise d'eau au centre et mer au fond à droite

cote : 24 FI 194

Ce centre d'exploitation de l'eau se trouve à Ollioules et permet aux varois de consommer l'eau du canal de Provence depuis 1976. Il est toujours actif aujourd’hui, au côté de quatre autres centres dans le Var.

L’eau du Canal de Provence est “brute” ce qui veut dire qu’elle n’a subi aucun traitement. Cependant, elle n’est pas pour autant potable en l’état. La société du Canal a donc mis en place différents centres d’exploitation et des laboratoires afin d’assurer une eau potable sécurisée pour la population.

L'aqueduc du Cauron

Les travaux de l’aqueduc, achevés en 1973, se déroulent sur six ans. La structure tire son nom de la rivière qu'il surplombe.

Aujourd’hui, l’aqueduc est toujours un point stratégique dans le transport du canal de Provence.

Deux enquêtes de 2017 et de 2023 sur la vulnérabilité des ouvrages du canal montrent que l’aqueduc est encore largement exploité. La construction récente d’une conduite d’irrigation “bypass” résulte alors d’un besoin de renforcement de la structure en cas de défaillance. Il s’agit plutôt de renforcer le réseau en cas de défaillance de la structure. En effet, sans elle, le canal de Provence perdrait un maillage essentiel à son fonctionnement, ce qui mènerait à des conséquences graves.






La démarche du photographe consiste à placer le spectateur en immersion dans le chantier. Pour cela, il réalise des séries de plusieurs clichés pris les uns à la suite des autres afin de former un 360°, ou presque, à la manière d'un panorama.

Ainsi, outre la variété de ses points de vue, les archives du studio Baranger peuvent être étudiées pour leurs compositions. Celles-ci témoignent de sa volonté de produire une représentation complète du processus de transformation du paysage par les travaux.

Les photos ci-contre datent du 14 janvier 1967.

5 piliers du pont, ouvriers au premier plan sur les échafaudages d'un des piliers 1 2
Ouvriers sur la partie supérieure horizontale du pont, ferraille, béton, grue 2 2

cote : 24 FI 151

date : 19/04/1973

Cette exposition virtuelle vous a présenté différents ouvrages varois s'inscrivant dans le projet du Canal de Provence et dans un territoire varois chargé d'histoire, qui montre que la maîtrise de l'eau est un enjeu constamment au centre des problématiques. Dans cette même thématique, nous vous invitons à vous pencher sur les panneaux de notre Exposition "ça coule de source", que vous pouvez retrouver sur notre site internet.

Pour poursuivre votre découverte du fonds Baranger, vous pouvez vous rendre sur la seconde partie de cette exposition virtuelle intitulée Remédier à la saturation de l'espace urbain : stationnement et places publiques des années 70.



Pour en découvrir plus, nous vous invitons à parcourir nos archives numérisées sous l’onglet “Iconographie”, où vous trouverez d’autres images capturées par le Studio Baranger et bien d’autres encore !

Cette exposition a été réalisée par Adélie Jacquier,

stagiaire aux Archives départementales du Var dans le cadre du

master Archives de l’université Jean Moulin - Lyon III (promotion 2026).


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